Compte rendu réunion « Observatoire de la Radio Numérique » Jeudi 13 Octobre 2011 15 h au CSA par Etienne BASTIDE

On s'attendait à une « table ronde », ce n'était pas le cas... Beaucoup de monde en façade, membres du CSA : M Boyon, R Arhab, P Gelinet et conseillers techniques, D Kessler...

Dans la salle une cinquantaine de personnes outre les intervenants dont le CNRA muet venu prendre la température (sic : Claude Palmer)> Dès l'introduction, Michel Boyon, Président du CSA ironise sur la disposition de la salle : d'un côté, le « jury », de l'autre, des étudiants passant diplôme. Il rappelle que la paternité de l'observatoire revient à David Kessler qui en préconisait la réunion dans son rapport. Pour autant, poursuit-il, cette réunion vient dans la continuité d'une série de rencontres initiées par le CSA pour le déploiement de la Radio Numérique Terrestre. Pour mémoire, une commission « planification », une pour la « signalisation », l'autre pour les données associées », la dernière et qui a fini par « bloquer » celle qui devait établir le « calendrier » de montée en charge. Il rappelle que sur ce calendrier, la mise en chantier avait été établie par une loi, celle qui, dès 2007, prévoyait le passage de la radio analogique à la radio numérique et que si le CSA s'était engagé dans la voie qui reste la sienne, il n'en avait pas été à l'initiative. Et de même qu'il avait accompagné la mise en oeuvre de la télévision numérique avec là, en sus, la disparition rapide de l'analogique, cela semblait logiquement ouvrir la voie pour ce qui concernait la radio.
Pour conclure, il se moque avec insistance de ces journalistes qui dans leurs précédentes éditions laissent entendre que « le gouvernement annonçait pour bientôt la naissance de 6 nouvelles chaines gratuites de la TNT », alors même qu'évidemment, ces six chaînes vont bientôt exister, quant à la gratuité, ça reste à voir. et d'insister : « de telles décisions n'appartiennent qu'au seul CSA ». De là à comprendre qu'il en a assez que certains piétinent sa platebande, il n'y a qu'un pas. Sur quoi Rachid Arhab, qui préside le débat laisse la parole à David Kessler. En quelques minutes, celui-ci reprend les divers points de son rapport. Pour mémoire, lui a jugé que le modèle économique était instable, que les radios n'étaient pas prêtes, qu'il était urgent, à l'image de Frédéric Mitterrand, d'attendre... Mais sans pour autant renoncer, d'où l'initiative de l'observatoire.
Michel Boyon, avant d'annoncer qu'il ne resterait pas jusqu'au terme de la réunion -comme David Kessler, mais ce dernier sans présenter d'excuses-, rappelle qu' un « Observatoire », ça a mission non seulement d'observer mais aussi de prévoir... (« j'aurai dû le dire » l'interrompt Rachid Arhab, « et tu me coupes l'herbe sous le pied »...) Sur quoi la réunion se poursuivra en trois parties (inégales) : la description d'un paysage européen plus actif que le paysage français, le compte rendu des expérimentations en cours et la parole laissée aux participants. D'abord sur l'Allemagne, c'est M Wächter le représentant d'une filiale allemande de TDF -qui s'exprime, c'est le comble-, en britannique non traduit et qui n'a qu'une part du marché.
Je résume parce que je n'ai pas tout compris : le choix de déploiement de la RNT est de faire exister (ce qui n'était pas précédemment le cas en FM) 15 radios « nationales » (3 Publiques et les autres commerciales) Le résultat depuis mars 2011, au démarrage, est au 1er Août, (point d'orgue), une couverture de 50% du territoire et de 45 % de la population... Les finances publiques ont assumé 30% des investissements... (non chiffrés : secret industriel ?) Le prochain développement prévu est le suivi aisé de ces mêmes stations le long des principaux axes routiers.
Ensuite seulement viendront des mux régionaux puis locaux... Le lancement encore en cours prévoie en accompagnement des opérations de communication : sur la variété des programmes, sur l'attractivité des données associées, la capacité de réception, la couverture et des initiatives « coup de poing » en l'occurrence « captant l'oeil » avec le partenariat des médias comme « Bild » et des télévisions... La radio digitale en Allemagne est selon son slogan « simple d'usage, partout captée et à l'épreuve du futur » - « future proof »-. Inutile de rappeler que c'est du DAB+ et que les récepteurs sont disponibles : les campagnes ont su motiver fabricants et détaillants y compris pour l'équipement des automobiles. Le seul problème jusqu'à présent, le canal choisi qui perturbe les émissions de la Police... ! C'est Marcel Regnotto (office fédéral de la communication) qui prend la relève pour exposer la situation Suisse : et de rappeler que ce pays comporte trois zones linguistiques avec 2 millions de francophones, 5,6 millions de germanophones et 300 000 italophones avec en FM, 1 programme national public pour chaque communauté, à l'échelon régional linguistique 7 autres programmes publics et encore 57 autres programmes dont 8 décrochages locaux de ces programmes publics et 49 programmes locaux de radios privées dont les concessions courent jusque fin 2018... Mais depuis 1999, il existe un réseau national Etat de la RNT qui propose de 13 à 15 programmes dans chaque région linguistique, bouquets constitués avant tout de programmes FM de la SSR qui couvre plus de 90 % de la population et transmet en mode mixte DAB/DAB+ (passage au seul DAB+ prévu pour 2015)... Et depuis 2009 dans la région alémanique est lancée une plate-forme mixte public-privé (5 programmes SSR dont 2 non diffusés en FM et 13 programmes dont 6 idem) qui a démarré sur les grosses agglomérations pour s'achever fin 2012 en couvrant 85% des foyers concernés... en DAB+...... En suisse romande, on est plus en retard puisque si trois concessions ont déjà été accordées au privé sur le réseau national Etat, les concessions ne sont pas encore accordées pour la plate-forme mixte régionale seulement « mises au concours » pour fin 2011... En zone italophone, ce sont deux stations privées qui pourraient rejoindre le réseau « Etat » dans les mêmes délais. C'est l'échéance de 2018 (avec la fin des concessions FM, FM de toute façon, saturée). qui pourrait véritablement marquer un tournant vers le numérique, puisque l'idée serait au moins de conditionner leur renouvellement à la double diffusion... avec l'ouverture d'une troisième puis d'une quatrième plate-forme numérique. Sinon, un fonds de soutien doté actuellement de 11 millions d'euros pour la seule diffusion numérique couvre 75% des investissements.
Il ne prévoie pas d'aider aux frais d'exploitation lesquels par exemple atteignent 160 000 Euros par station alémanique et par an mais sur 46 émetteurs d'où sont diffusés les 18 programmes. Quelle que soit le mode de calcul retenu (diviser par 46 comme la logique le voudrait pour avoir le coût de diffusion sur un émetteur ou par 18 comme le suggérait un bon samaritain adepte des solutions chères) on est loin des chiffres retenus par les opérateurs (TDF, VDL en France...) Les suisses ne sont pas en reste derrière les allemands pour favoriser l'essor de la RNT, la SSR a même créé une structure publicitaire à cet effet qui multiplie et multipliera ses efforts dans la presse et à la télévision. En 4 ans, la vente des récepteurs numérique est passée de 15 000 à 800 000. L'objectif d'un million pour fin 2011 a toutes chances d'être atteint. Et, nota : les prochaines concessions seront aussi accordées en fonction des efforts consentis par les futurs diffuseurs y compris dans l'inventivité contribuant à l'attractivité de la RNT en termes d'originalité et d'innovation... L'originalité et l'innovation viendra dans cette réunion de Mme Nele SMETS, conseillère en nouvelles technologies auprès du CSA Belge... (coup de tonnerre dans un ciel serein si on veut faire dans le cliché) qui balaiera d'un revers de main les modèles économiques archaïques et faussés par l'appétit de certains pour les gros bénéfices... Presque d'entrée, elle fera référence aux logiciels libres d'encodage existant déjà pour le DAB + et des solutions existant en matière de fabrication d'émetteurs le tout pour des solutions RNT de 8 à 12 000 Euros d'investissement et des coûts d'entretiens dérisoires.
Certes, pour les solutions « officielles », c'est plus cher avec 13 millions d'investissements dont la moitié sur les 22 premiers sites, mais même pour la couverture « communautaire » (de toute la région wallonne et de Bruxelles) en passant par les émetteurs de la RTBF, on en reste en contribution annuelle dans les limites de 32 à 64 000 Euros et pour une couverture « provinciale » (2 à 4 sites) de 8 à 16 000... pour chaque éditeur. Certes le pays est plat et cela ne comprend pas le coût de transmission des signaux (mais internet n'est pas fait pour les chiens...) Les tests faits par la RTBF en décembre 2010 sur 12 sites sur les canaux 12B en DAB+ couvrait déjà (indoor) 80% de la population de la fédération de Wallonie-Bruxelles et près de 90 % de la réception en automobile sur le territoire... Cela aura confirmé le choix de déploiement en cours de réflexion depuis juin 2010 tandis que s'est ouverte depuis, une vaste consultation publique, quant à savoir comment répartir les fréquences, vers de nouveaux acteurs n'émettant pas actuellement en FM, ou vers les éditeurs déjà présents ? Comment réguler et réguler la publicité y compris dans les données associées ? Doit-on aider et doit-on aider de la même façon toutes les opérateurs ? Doit-on favoriser la diversité culturelle ?... Conclusions seront rendues à la fin de l'année avant que le gouvernement ne s'en empare pour légiférer.
Pour le CSA belge, le lancement des appels d'offre pourrait intervenir dès courant 2012 pour un lancement de deux premiers multiplexes l'un dès janvier 2013 l'autre en septembre 2013... Viennent ensuite la description des expérimentations RNT en cours dans la région nantaise et à Lyon et le travail de recherche et développement qu'a effectué TDF... Là, je crois cela mieux connu de mes lecteurs supposés et ne vais donc pas m'appesantir... Pour rester brefs, Pierre Boucard au nom du Groupement des Radios Associatives de la Métropole nantaise (GRAM) revient sur cette expérience pionnière en T-DMB (projet lancé en 2009, abouti en mai 2010) qui devrait d'ailleurs s'étendre bientôt de Nantes à St Nazaire avec un nouvel émetteur en SFN (en phase) mais pouvant aussi s'ouvrir en « local windowing »* dès la fin de ce mois... L'originalité du projet tient également au fait qu'au delà des six radios associatives initiatrices, (Jet FM Alternantes, Fidélité, Sun, Euradio et Prun), le bouquet permet aussi la diffusion de 6 autres programmes : France Maghreb2, FG, OuïFM, crooner, TSF et Rfi. (* local windowing, c'est la possibilité d'utiliser un sous canal du multiplex pour diffuser un programme local) Pour mettre en oeuvre cette expérimentation, il aura fallu un effort important des collectivités locales (285 000 Euros d'investissement pour atteindre une couverture potentielle d'un million d'auditeurs) et ce malgré les apports des industriels partenaires.
Les charges d'exploitation en un an auront pour leur part atteint les 24 000 Euros TTC (soit 2000 Euros par radio sur un système neuf mais expérimental comprenant de nombreuses activités de maintenance) pour un résultat à méditer : un peu plus de 1 000 postes vendus -ce qui montre les limites de l' »appétence » du public à vouloir écouter en RNT... et ce malgré la qualité du produit. Mais ne soyons pas cruels avec nos amis... Ce qui est essentiel est d'avoir démontré que les associatives pouvaient être moteur dans ce type d'initiatives... Des éditeurs communs avec l'expérimentation de Lyon, menée par VDL, là présentée par Yannick André- Masse : on y retrouve France Maghreb 2, FG, OuïFM et douze autres radios dont Sol FM, RCF, Radio Orient, Africa One, Nova, etc, radios locales et multi-villes, commerciales et associatives (la part congrue). Là encore, T-DMB sur la Bande III (11B) 3 émetteurs dont 2 relais pour plus d' 1,8 Millions d'habitants. Associés aux fabricants et revendeurs, YAM met en évidence la large palette des récepteurs désormais disponibles et des actions importantes de communication menées lors du démarrage officiel après l'autorisation du CSA puis d'actions menées en centre ville de Lyon, genre RNT-Pride avec chars sonores, logos, ballons, T-Shirts, calicots, « promobike », et j'en passe : effet, eh oui près de 400 récepteurs vendus chaque mois nous dit-on (à la louche) on aurait préféré des chiffres aussi précis sur ces ventes que ceux de la prétendue couverture presse ! J'en oubliais l'ouverture de sites dédiés sur la toile http://www.rntlyon.fr et sur Facebook et Twitter.
Sans compter la promotion sur les antennes. Aucun coût évoqué, ce n'est qu'une opération publicitaire ? Jérôme Hirigoyen pour TDF, lui aussi vient mettre en évidence les expérimentations toujours en cours sur Paris (Tour Eiffel et Mercuriales) et sur Lyon (Fourvière)... Cela vient à la suite de nombreuses expériences qu'avait déjà engagées sa société pour la couverture des réseaux routiers, des essais aussi en T-DMB sur Paris en Bande L puis en Bande III mettant en oeuvre 6 émetteurs pour couvrir toute la région parisienne et ses 8 millions d'habitants. Là désormais, deux semblent suffire.. L'originalité sur Lyon étant d'avoir aussi réalisé les tests en DAB+... Ces deux dernières expériences sont toujours actives et ce, en lien avec quelques réseaux nationaux (dont des radios publiques) qui tous peuvent tester l'intégration des nouveaux services depuis leurs régies... La conclusion : TDF « dispose désormais d'une bonne connaissance pour déployer des réseaux de RNT, (...) est prête à transformer ses expérimentations techniques en « démonstrations » et [accompagnera] le développement de la RNT pour autant que le marché le demande » (là c'est moi qui souligne) Par pudeur sans doute, TDF n'expose pas de coût mais on se doute que tout cela n'a pas été, pour eux, gratuits : de gros investissements à récupérer … sur la bête. Le marché... C'est bien là que le bât blesse puisque le « Bureau de la Radio », les 4 gros opérateurs financiers, pour l'instant, préfèrent qu'en France au moins, puisqu'ils se sont positionnés sur d'autres pays d'Europe, on en reste en l'état... Viendra le temps de la parole donnée à la salle : Tarek Mami de France Maghreb 2 et du SIRTI jouera les VRP des récepteurs et adaptateurs numériques. J'y confirmerai appuyé des mêmes sources que le CSA belge, les nouveaux scenarii quant au « modèle économique » et demanderai le retour des conventions en ce qui concerne Marseille. Ceci dit, comme je le disais d'entrée, faute de grives, on peut manger des merles et partir en expérimentation plutôt qu'en autorisations Si vous me trouvez trop court, confus ou inexact : les éléments fournis par les participants sont en ligne : http://www.csa.fr/radionumerique/
Etienne BASTIDE